Editos

André Malraux a déclaré : « la culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ». C’est à cette noble conquête que travaille inlassablement l’équipe du Sillon au travers des différentes saisons culturelles dessinées pour façonner le paysage culturel de notre territoire. Conquête qui se traduit par l’exploration de nouveaux espaces et de nouvelles thématiques : la Barrula, Cucine(s) Lab, infusions, résidences, ateliers de pratiques artistiques, rencontres d’auteurs. Le Sillon, dans sa volonté de forger une cohésion sociale, jette les bases d’une culture commune, bien que plurielle, avec cette envie de convaincre les publics potentiels de s’en emparer. La programmation, pensée dans sa pluralité, devient un passeur entre les dures réalités et le rêve. Elle propose la construction d’un espace – temps qui modifie notre rapport au monde, et présente donc par rapport au connu, au prévisible, un nécessaire écart. Tel est par exemple l’enjeu de La Barrula, qui pendant une semaine emporte les marcheurs dans un merveilleux cheminement, titillant tous nos sens dans une poétique de la rêverie.

La culture telle que la fabrique le Sillon est comme un fleuve, produit d’une multitude de sources. Elle s’enrichit de la diversité de chaque affluent pour co-construire une politique commune, mais décentrée, plurielle et métissée, avec tous les partenaires et tous les publics. Politique tissée d’une texture fine qui file comme un nuage qui s’évanouit à la façon d’une goutte de lait et laisse une saveur de longue durée.

Dans cette époque qu’on pourrait qualifier « de cendres », l’activité débordante du Sillon autorise un art de vivre ensemble, de se parler et se comprendre. Le projet ne sert pas seulement à tromper l’ennui et n’est pas un simple divertissement, il est surtout un moyen au service de la circulation des artistes et des oeuvre.

Il poursuit en quelque sorte l’effort de Jean Vilar vers les public éloignés de la culture qu’il a cherchés à réunir dans une utopie de partage, de compréhension réciproque, de tolérance et d’ouverture. Tel est l’enjeu de la culture populaire. Et « populaire » ne signifie « pour le peuple, contre les élites », mais de la plus haute qualité rendue accessible à tous sans clivage social, culturel ou géographique.

Les propositions de Fabien et de son équipe sont toujours marquées du sceau de la découverte, de l’inattendu, de l’innovation. Les conditions propices à un tissage des liens de proximité et à une culture ouverte à tous sont offertes, il suffit de s’en saisir. Finissons en poésie, sentier que le Sillon pourrait explorer : « Le Sillon est un embaumeur de secrets, coup de coeur, coup de sang, des histoires simples, mais toujours lumineuses. Il est difficile de ne pas être sensible, aux choses offertes, observées d’un oeil curieux , mais humain ». Continuons d’être offensifs sur notre communauté de communes et au-delà. « La culture est une arme qui vaut ce que valent les mains qui la tiennent » Jean Vilar.

Claude Valéro, Vice-président de la Communauté de communes du Clermontais, délégué au Développement culturel
Jean-Claude Lacroix, Président de la Communauté de communes du Clermontais


Souvent, à la sortie des spectacles, on entend la phrase suivante : « tu en as pensé quoi ? » Je l’ai sûrement moi-même prononcée plusieurs fois. Pourtant, quand j’y pense, je la trouve malvenue. Comme si on venait au Théâtre pour juger ce qui s’est passé sur scène : ça c’est bien fait, ça c’est mal fait, ça c’est ringard, ça c’est maîtrisé. Comme si l’enjeu était de savoir si l’artiste méritait ou pas notre considération. Comme si en chaque spectateur sommeillait un critique du Masque et la Plume.

Pourquoi ne pas dire plutôt à son voisin : « qu’est-ce que ça t’a fait ? »

On est souvent malhabile pour exprimer ce qu’on ressent après un spectacle. Peut-être parce qu’au fond on n’a pas vraiment résolu le mystère qui nous pousse à venir au Théâtre. Certes on vient y retrouver des amis, croiser des connaissances, sortir un peu de chez soi. Mais, pour une fois, évacuons le couplet du lien social et de la convivialité, bien qu’au Sillon nous l’érigeons en nécessité fondamentale. Car tout aussi accueillant le lieu soit-il, à un moment, il s’agit bien de se retrouver soi. Soi et son silence. Soi en écoute. Soi face à une prise de parole, un geste, un univers, une proposition
artistique. Et là que peut-il se passer qui mérite que nous y consacrions du temps ?

Un spectacle peut d’abord être une rencontre. Sur scène s’avance un alter ego dont la personnalité nous touche. Il ou elle a un charisme particulier, une manière d’être humain qui semble porter toute l’humanité. Son histoire singulière résonne de multiples échos. Il ou elle pourrait parler des heures qu’on resterait bien à l’écouter. On voudrait panser ses failles. C’est magnétique.

Un spectacle peut aussi nous attirer parce qu’il propose une vision inédite d’une question fondamentale de l’existence. Comme s’il nous permettait de voir la réalité autrement, parfois même de voir notre propre vie comme on ne l’avait jamais vue.

Enfin, un spectacle peut valoir la peine tout simplement en tant qu’expérience esthétique. Un moment de contact avec la Beauté. Comme on s’extasie devant un paysage. On ne sait pas vraiment pourquoi mais on trouve ça beau et ça nous fait du bien, alors on regarde et on regarde encore. Parfois c’est l’expérience elle-même qui nous plait. C’est le contexte dans
lequel on la vit, la manière dont elle nous est proposée, qui nous conquièrent.

Evidemment, les spectacles dont on se souvient sont sûrement tout cela à la fois, et bien plus encore. Mais si un spectacle est au moins une de ces trois possibilités, gageons qu’il nous fera quelque chose.

Souvent, juste avant une représentation, on entend l’expression : « bon spectacle ». Et celle-là je ne la renierai pas car elle place, je crois, la relation spectacle – spectateur au bon endroit. Elle ne dit pas « Que le spectacle soit de qualité » ou « Que l’artiste soit bon ». Ce qu’il faut entendre plutôt est : « Que le spectacle te fasse du bien ». Et là est l’essentiel.

Alors bonne saison et bons spectacles…

 

Fabien Bergès
Directeur du Théâtre Le Sillon